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Comment se rendre aux Archives départementales :

Pour se rendre dans des Archives départementales, je ne saurai trop vous conseiller de repérer en premier lieu leur situation géographique précise à l’intérieur de la localité où elles sont censées être situées. Évidence ! Me direz-vous… Pas tant que ça en réalité. La logique, la tradition, le B-A-BA de l’organisation administrative veulent que lesdites archives se situent au chef-lieu du département, sous les regards bienveillants et financièrement vigilants du préfet et des conseillers généraux. Certaines poussent l’intégration administrative jusqu’à résider encore dans les locaux mêmes de la préfecture. Logique, tradition, B-A-BA, disai-je, n’allez cependant pas imaginer que tout ceci est mère de systématicité.

Au-delà, et même si vous n’êtes pas affligé, à mon image, d’une étourderie congénitale qui vous fait partir en oubliant de noter l’adresse du dépôt, vous pouvez, fort innocemment, imaginer qu’un service départemental sera forcément signalé par des panneaux indicatifs. Que nenni! A la différence de la gare, nul ne considère qu’il présente le moindre intérêt de guider le pauvre pékin jusqu’à l’Eldorado des vieux papiers, et de fait, les panneaux se situent en général à moins de 100 mètres du dépôt, ce qui vous laisse le bonheur de tourner un bon moment dans une ville inconnue.

Mais trêve de bavardage théorique, place à l’exemplier.

Les petits farceurs :

Archives départementales du Var, 157 avenue Alphonse Daudet à … (raplaplapam – il s’agissait d’un roulement de tambour) … Draguignan! Il en fallait une, voici donc l’exception française. Ne cherchez pas des AD du Var à Toulon, ni au fond de la rade, ni sur le mont Faron, ni dans les locaux des casernes… elles se trouvent, histoire administrative chaotique du département oblige, dans une sous-préfecture, qui n’a évidemment pas le bonheur d’être reliée correctement à la préfecture par le train… et pourquoi pas une gare juste devant les Archives, tant que vous y êtes!

Les introuvables :

Archives départementales de Maine-et-Loire, 106, rue de Frémur, Angers. Bien sûr… sur le site des Archives se trouve un plan…, bien sûr, si vous allez secouer l’arbre Mappy, vous pouvez éventuellement récupérer un autre plan…, mais au booooooout du compte, on se rend compte… qu’on est toujours tout seul à vouloir aller aux archives, et qu’on finit par aller demander au commissariat (mieux indiqué) le moyen de s’y rendre. La rue pourrait être en sens unique, puisqu’une voiture y passe à peine, mais pour votre plus grande joie, elle est à double sens. Lorsque vous arrivez au 106, vous êtes devant une église, respirez, vous avez gagné… n’entrez pas (forcément) faire vos dévotions, longez le bâtiment par la gauche, le Pérou est au fond.

Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 rue Jacques Léonard, Rennes. En prélude, deux choses à signaler : 1) il est effectivement complètement impossible de “louper” le bâtiment une fois qu’on l’aperçoit, 2) l’avoir installé dans une rue au nom d’un des plus grands historiens français de la médecine prouve le bon goût de ceux qui ont choisi l’emplacement, et rien que pour ça, on râle un peu moins. Là où l’on écume en revanche… c’est lorsqu’on découvre que ladite rue n’est inscrite sur aucun plan de la ville, et par voie de conséquence, pas identifiable au moyen des méthodes “traditionnelles” de recherche. Là où l’on s’impatiente un chouïa, c’est lorsqu’en arrivant du quasi-terminus de la ligne de métro, on doit savoir préalablement qu’on ne trouvera jamais le panneau “Archives départementales” mais qu’il faudra suivre l’indication d’un pôle administratif. Là où l’on devient chèvre ou brebis, c’est lorsqu’on tente de rejoindre Byzance en quatre roues, et qu’on se perd joyeusement entre le CHU et Rennes 2.

Ajoutons à la liste que les Archives départementales du Puy-de-Dôme ne se défendent pas mal non plus en matière de panneau indicatif (le seul qui existe ne bénéficiant qu’à la moitié des automobilistes, une chance sur deux de le voir).

Les anti-écologiques (ou le désespoir du chercheur piéton) :

Archives départementales de l’Aude, avenue Claude Bernard, plateau de Grazailles à Carcassonne. Ah, Carcassonne! La perle fortifiée du sud-ouest, le bonheur des fans de Viollet-le-Duc, le Hollywood des réalisateurs de films en costumes! Je vous vois déjà, découvrant au fil de vos sources qu’il vous faudra faire un petit séjour dans ce décor de rêve, vous avez connu Avignon et son palais des papes, et déjà la perspective de Carcassonne vous enchante… Déchantez tout de suite. Les AD sont à plusieurs (plein, beaucoup) kilomètres du centre ville, et si vous ne disposez pas d’un joli moteur, vous pouvez immédiatement prévoir une sacrée marche pour atteindre le Graal car le dépôt n’est en aucune manière relié au centre par la moindre ligne de bus. Bienvenu dans le monde merveilleux des dépôts neufs et renvoyés à la bordure des agglomérations (jeunes étudiants pleins d’espoir, pensez Clignancourt ou Aubervilliers, ce seront bientôt les postes avancés d’une Sorbonne déménagée).

A suivre!

Chers tous,

n’ayant ce soir ni colloque au pays du vin à bulles, ni soutenance au pays du rhum à punch, je me risque à vous parler, une fois de plus, archives. Un peu différemment de d’habitude cependant, puisqu’il n’y aura nul extrait pittoresque dans ce texte (les brèves reviendront bientôt). Pendant les trois années de ma scolarité dans l’antre des vieux grimoires et des nouvelles technologies (il ne s’agit pas de l’ENSSIB, cherchez encore), on me causa archives, beaucoup, passionnément. J’y acquis un attachement débordant pour ces lieux/institutions/documents qui forment cette part si essentielle, et pourtant si méconnue du patrimoine.

Faire les archives ou faire les bibliothèques, sans intention architecturale particulière, faut-il le souligner, étaient les deux voies qui s’ouvraient royalement devant nous. Je choisis la troisième au fond à gauche, celle qui permet de rester éternelle lectrice chez mes camarades des deux bords (et d’abuser occasionnellement de leurs compétences et de leurs fonds, qu’ils en soient d’avance remerciés). Pourtant, les archives restent toutes proches, indispensables nourrices de ma *marmite de haricots verts* en cours, cavernes d’Ali Baba d’inépuisables découvertes.

Prise d’un enthousiasme incongru et d’une ambition aussi naïve qu’illimitée, je décidai, pour asseoir le sérieux scientifique de ladite *marmite de haricots verts*, de partir faire le tour des dépôts disséminés comme autant de pommes dans un verger un lendemain de grand vent. Il n’y a guère ici d’intérêt à dresser l’arbre branchu des types d’archives de ce pays (ils le font très bien, profitez-en tant qu’ils existent encore), il suffit de savoir qu’il existe en ce domaine autant de barreaux de l’échelle qu’en d’autres aires administratives, et que chaque barreau réserve son lot de surprises, ses petites particularités de fonctionnement, son indispensable singularité aussi. Après avoir parcouru plusieurs dizaines de dépôts (l’appellation est, semble-t-il, très propre au milieu professionnel), l’heure d’un petit bilan a sonné. Qu’elle coïncide avec l’heure où retentissent dans l’airain de la *marmite de haricots verts* les premières notes d’un plan n’a rien de surprenant, chaque chose vient en son temps et les boîtes cauchard seront bien gardées.

Par où commencer? Cette question m’a longtemps tourmentée, malgré les encouragements multiples qui m’incitaient à parler de ces expériences archivistiques, à en faire un rapport, un guide, un pense-bête de l’aventurier de la liasse 45 GG 34 des archives communales de Trifouillis-la-Garenne. A tourner autour du pot, j’ai choisi de copier la présentation d’un célèbre guide à moustache (en ne vous promettant pas que sa présentation vous garantisse des dépassements de quotas pour les communications). Dans les prochains jours, nous verrons donc successivement “Comment se rendre aux Archives”, puis “Comment reconnaître les Archives”, avant de plonger dans les délices de la recherche et de la découverte tant attendue des pépites si ardemment désirées. Si une catégorie essentielle vous semblait manquer, vous seriez bien sûr cordialement invité à me rappeler mon oubli, ou à proposer de le combler car derrière vos écrans se cachent d’autres adeptes de ce genre d’endroits, quand il ne s’agit pas, pire encore, de gens qui les dirigent…

Oh que c’est laid de dénoncer…

Monsieur le Préfet,

Impossible qu’il ne se commette pas des crimes de toute espèce, en admettant dans la société des femmes sans mœurs, et en effet non seulement la plupart des élèves sages-femmes de la maternité (externes) sont des filles publiques ou entretenues, mais encore une d’elles est passée en cour d’assises à Carcassonne pour avoir assassiné un officier, voilà cependant ce que le jury médical va nous donner dans le courant du mois. Puissiez vous l’empêcher, c’est la vérité, je le jure sur l’honneur.

Dans cette espérance agréez l’hommage de mon respect, et me dit, humblement, Monsieur le Préfet, votre respectueuse servante.

XXX

Arch. dép. Hérault, 1 X 794.

PS : notez néanmoins la maîtrise incontestable du “non tantum…, sed etiam…” de la demoiselle, à moins qu’il ne s’agisse d’un médecin embusqué dont les restes latinistes ressortent à l’insu de son plein gré.

Attention, pavé…

“NFS, Chimie, Iono, fini”, tel s’intitule en français le dernier épisode d’une série déjà fort ancienne (15 ans) pour l’histoire de la télévision américaine. Quelle idée de vous parler télévision en cette catégorie jusqu’à présent dévolue aux divertissements « honorables » – le mot m’écorche la bouche – (théâtre, ballet, en attendant que le cinéma y fasse, un jour de courage, son entrée) ? Un vieux compagnonnage sûrement, un brin de nostalgie adolescente pour une série qui faisait naître d’épiques débats dans la cour de récréation du lycée entre ceux qui la regardaient le soir de sa diffusion et ceux qui l’enregistraient pour la regarder les samedis où exercices de maths et révisions d’anglais se faisaient moins pressants.

Je ne fus pas une spectatrice de la première heure et il manque sûrement quelques épisodes à mes souvenirs, malgré la constante habitude de notre télévision nationale de rediffuser jusqu’à l’écoeurement toute production ayant fait un minimum d’audimat. J’ai donc pris le train en route vers 1997 ou 1998, lors de la troisième ou quatrième saison, et j’ai rattrapé les blancs au hasard des remplissages itératifs de la grille cathodique, mais ma mémoire est souvent infidèle aux titres d’épisodes, à l’ordre des saisons, aux noms des acteurs, et loin de moi l’idée de retracer quinze fois une vingtaine d’histoires, à leur tour subdivisées en deux ou trois intrigues concurrentes.

Le format série a depuis quasiment une trentaine d’années envahi le petit écran, avec un furieux accroissement depuis le milieu des années 1990. À l’instar d’une génération de quasi-trentenaires qui a grandi avec la lucarne allumée dans un coin de la salle à manger, j’ai absorbé ma rasade fictionnelle, avec pour limite principale l’horaire de diffusion, qui a laissé hors de mon champ de curiosité toutes les séries passant au-delà de 22h30. Le corpus de comparaison reste néanmoins suffisamment large pour que la série qui se termine ce soir en France y tienne une place à part, et pas seulement pour des raisons d’ébahissement énamouré devant la plastique d’une célèbre égérie de café en dosettes (même si, bref, who else ?).

Vous avez l’impression que j’exagère en transformant une série télé en objet de verbiage scientifico-fumeux ? Allez donc en parler à Pascal Ory et son costume violet à pattes d’éph… Urgences, donc, ER (Emergency Room) dans la version originale, n’a bien évidemment pas évité les écueils que peut présenter l’étirement sur quinze années d’une mise en scène du milieu hospitalier et de ses protagonistes. La répétition est la loi du genre, et la ressource d’intrigues ou les innovations de réalisation ne sont pas inépuisables. De fait, si l’on prenait le temps de se pencher sur les synopsis des épisodes, on s’apercevrait bien souvent du retour de cas très proches (la variation des acteurs évitant l’identité complète), traités de manière semblable : parmi les grands classiques, l’accident voiture contre piéton ou le blessé par balle, agrémenté de tempêtes de neige, spécificité quasi rituelle de la série et profondément ancrée dans le climat hivernal du cadre choisi aux récits qu’est la ville de Chicago. Ajoutons sur un mode plus léger, les allergies spectaculaires, les ingestions d’objets saugrenus (ou les intromissions saugrenues d’objets), les morsures d’animaux divers et variés (parfois acteurs à part entière de l’intrigue). La division entre cas graves voire fréquemment mortels et soins de pathologies bénignes est la base du rythme de la série, nécessaire à la participation alternée des différents acteurs de l’équipe et à la respiration du spectateur. Pour la comparer avec d’autres séries « médicales » qui en sont souvent les filles, assumées et détournées ou plus simplement décidées à jouer sur un filon moins usé que celui des séries policières, qu’il s’agisse ainsi de Scrubs ou Docteur House, Urgences s’inscrit dans le champ d’une certaine vraisemblance, ce qui n’est pas si fréquent dans le genre.

Du point de vue des personnages, les schémas narratifs remployés sont encore plus flagrants : le véritable fil rouge de la série est l’idylle entre médecin et infirmière-chef, les différents couples n’étant que des variantes de la romance initiale entre Carol Hathaway et Doug Ross (*vapeurs et étourdissements*), le tout doublé d’une permanence dans le type physique du médecin-Roméo (Georges Clooney, Goran Vijnic, John Stamos, même combat non ?). Viennent s’y adjoindre des motifs récurrents : couple policier/urgentiste (Kerry Weaver et sa compagne ; Archibald Morris et sa petite amie) ; couple urgentiste/chirurgien (Mark Green/Elisabeth Corday ; Neela Razgotra et ses divers amoureux) ; personnage du chef de service infect (Weaver, Romano, Moretti, Banfield). Sur ce plan, Urgences connaît les aléas d’une série où les obligations de rebondissements et le nombre limité de « héros » imposent une multiplication des intrigues relationnelles, dont l’accumulation est partiellement compensée par l’étalement dans la durée. De surcroît, suivant l’adage selon lequel les gens heureux n’ont pas d’histoire, toute stabilisation ou ambition de stabilisation sentimentale d’un personnage entraîne en général assez rapidement son départ de la série. À ce titre, Urgences n’innove pas particulièrement, puisqu’il faut tenir le spectateur en haleine avec sa dose hebdomadaire d’embrouillaminis psychologico-amoureux.

Là où la série se place à part de celles qui l’ont précédée ou suivie, c’est dans sa dimension de chronique sociale du monde médical américain. De là à y voir un documentaire sur le système hospitalier des Etats-Unis, il n’y a qu’un pas qui avait été allègrement franchi par les commentateurs dans les premiers temps de la série… de quoi faire hurler au scandale les blouses blanches des deux côtés de l’Atlantique. Néanmoins, en sachant mesure garder, il faut reconnaître à Urgences la qualité de donner à voir un cadre qui n’a rien d’idyllique. Le Cook County general hospital est un hôpital public avec ses manques de moyens matériels et humains criants, sa salle d’attente surchargée de patients dont certains se contentent de venir chercher les soins que l’absence de couverture sociale leur interdit de demander à un médecin libéral. L’inégalité dans l’accès au système de santé, la lourdeur des assurances pour une couverture médicale minimale, l’obligation de renoncer à des examens ou à des interventions chirurgicales par incapacité de paiement rythment les épisodes presque aussi régulièrement que les actes médicaux. Au-delà, l’écho de la société résonne dans le service d’urgences, soulignant les effets combinés de la pauvreté, de la violence, du racisme et des barrières invisibles mais étanches entre communautés. En un mot, les médecins, pas plus que les patients ne sont lisses, propres sur eux, beaux, riches et insouciants. Aux Urgences, ça pleure, ça crie, ça souffre, ça pue, ça meurt, dans des proportions montrables à la télévision, et avec un vrai sens de la mise en scène, mais avec aussi un vrai souci de vraisemblance, sans ambition cependant de réalisme. Il ne serait sans doute pas inutile de décrypter plus avant cet effort descriptif des réalisateurs et des scénaristes qui est un trait fondamental de la série, sans jamais tomber dans le fait de société prétexte à intrigue.

Aux côtés des épisodes traditionnels qui forment la majeure partie du corps de la série, quelques opus, souvent intégralement consacrés à un personnage (et parfois réclamés par l’acteur qui l’incarne), se hissent au-dessus du niveau habituel en laissant de côté le contexte du service d’urgences : le bénévolat du chirurgien Peter Benton dans le sud des Etats-Unis et sa confrontation avec l’indigence d’un dispensaire de province et le rejet du médecin noir ; le travail humanitaire de Carter et Kovac en Afrique ; la présence en Irak de Gallant sont autant de pièces indépendantes où la dimension filmique l’emporte sur le format d’origine. Ils constituent un petit ensemble qui approfondit l’ancrage dans la réalité sociale, politique et géopolitique contemporaine.

Enfin, du point de vue purement technique et scénaristique, les auteurs de la série ont, en quinze ans, eu le temps d’expérimenter toutes les ressources du format 45 min, en s’autorisant des constructions et des déconstructions narratives souvent réussies : montage en flash-black, en mouvement perpétuel, en point de vue interne à un personnage immobilisé, en récit inversé. Et les acteurs dans tout ça ? Il a tant été dit sur eux que j’ai scrupule à en rajouter. Il faut reconnaître le réel talent de l’équipe, et l’intervention régulière d’invités aux participations savoureuses (je garde une vraie tendresse pour Sally Field en bipolaire).

Pour conclure, je présente mes excuses aux allergiques à la télévision, aux hôpitaux (je ne les aime pas non plus), aux séries américaines et à Urgences en particulier… mais, à écrire tout ça, je finis par penser qu’il doit bien y avoir quelque part quelqu’un qui s’est intéressé à la question ou qui va finir par le faire.

Croissez et multipliez, comme disait l’homme à barbe…

Aimargues, le 21 brumaire l’an 10e de la République une et indivisible”,

Le maire d’Aimargues au préfet du département du Gard,

Citoyen préfet,

J’ai l’honneur de vous donner pour nouvelle que les femmes de notre commune deviennent très fécondes, et que dans l’espace de huit jours, trois ont accouchées (sic) très heureusement de deux enfans chacunes, la femme de Louis Coissard commandant la garde nationale de notre commune en est une, cela arrive assès souvent dans notre commune, mais rarement à trois femmes dans si peu de temps.

Salut et respect.”

Arch. dép. Gard, 5 M 23.

Il existait donc des poussées géméllaires à Aimargues au début du Consulat, voici un mystère que seule la démographie historique pourra résoudre… Avis aux amateurs!

PS : vous noterez de surcroît (si je puis me permettre) le sens patriotique aigu du sieur Louis Coissard qui prépare la relève de la garde nationale.

Et Frédégonde alors!

Et Frédégonde alors!

Le tombeau de la reine Brunehaut, placé autrefois dans l’église de l’abbaye de Saint-Martin près Autun, était recommandable par les grands souvenirs qu’il rappelait et les marbres précieux dont il était construit. Sa ruine accompagna celle de l’abbaye au commencement de la Révolution, mais les plus beaux marbres qui le composaient furent soustraits aux vandales de ce tems, et sont aujourd’hui déposés à l’église cathédrale. Cette église est le seul endroit où ce cénotaphe royal puisse être convenablement placé. Son Excellence le Ministre de l’Intérieur avait témoigné de l’intérêt pour la restauration de ce monument et avait demandé à ce sujet des plans et devis qui lui ont été envoyés. En conséquence le conseil vote pour que des fonds soient accordés par le gouvernement pour la restauration de ce tombeau conformément au devis présenté à son Excellence.”

Arch. dép. Saône-et-Loire, N 84, Procès-verbaux des délibérations du conseil général, 1819.

Voilà ce qu’on trouve lorsqu’on cherche des sages-femmes… et comment ne pas s’interroger sur l’attitude de ces braves conseillers généraux de la Saône-et-Loire s’ils avaient eu à délibérer sur le sujet APRÈS la publication des Récits des temps mérovingiens d’Augustin Thierry…?

La logique actuelle voudrait que je vous parle archives et hôtels mais dans la mesure où l’overdose me guette de ce point de vue (et qu’il me reste encore quelques séances avant la fin du mois d’août, ce qui signifie autant d’occasions d’avoir envie de gloser sur le présent et le devenir de ces nobles institutions), je préfère plonger dans mes bons souvenirs du printemps pour vous parler ballet.

2008-2009 (car je ne saurai jamais vraiment compter autrement qu’en année scolaire) fut l’année des découvertes : la Comédie française, l’incompatibilité entre les talons et la marche de tous les savoirs, l’Opéra de Paris et tant d’autres bonheurs.

Mes souvenirs provinciaux de ballet s’arrêtaient à une représentation de Coppélia au Grand théâtre de Limoges il y a fort fort longtemps. À l’enthousiasme enfantin avait succédé une perplexité adolescente persistante devant la perspective de passer deux heures à observer des messieurs en collants et des dames en tutus. Que nul n’y voit une aigreur de danseuse ratée, car comme disait un gros Anglais au poil rare, « no sport » est gage de longévité (et serait-il utile d’avouer que je peine à exécuter le grand écart facial ?). Néanmoins, la programmation théâtrale du mois de mai dernier ne me transportant pas de lyrique passion, j’en vins à porter les yeux sur la prochaine représentation dansée d’Eugène Onéguine à l’Opéra Garnier. Eugène est un vieil ami, ou plutôt une vieille connaissance, le danseur portait une redingote sur l’affiche et Chagall a peint le plafond de l’Opéra, trois raisons de me convaincre de faire l’entrechat qui me propulserait quelques jours plus tard dans un fauteuil rouge de l’orchestre.

Pourtant, ce « beau ballet romantique » (dixit une délicieuse collègue angliciste croisée dans ces mêmes travées) multipliait a priori les tares, comme Lord Fitzwilliam Darcy les goujateries. Le roman en vers de Pouchkine est une merveille, qui sublime les douceurs et les fièvres de la langue russe. Lorsque l’on garde à l’oreille l’aveu de Tatiana à sa nourrice, tendre modulation vocalique « Niania, Ia ne bolna, Ia v lioublena », dont la plate traduction française, « Nounou, je ne suis pas malade, je suis amoureuse », ne rendra jamais la poésie pas plus que le miracle de cet amour à peine éclos, l’idée de retrouver l’histoire sans la musique des mots gêne aux entournures… Lorsque l’on garde en mémoire la plume acide de Pouchkine, le manifeste littéraire qu’est aussi profondément Eugène Onéguine, la perspective de les voir réduits à la peau de chagrin d’une histoire d’amour ratée contrarie… Surtout lorsque seuls le talent de Pouchkine, la finesse de sa peinture des êtres sont capables de faire vibrer devant une banale histoire de dandy égoïste et de gamine amourachée. Il est de bon ton romantique que les histoires d’amour finissent mal, mais mon humeur n’est pas toujours prête à s’attendrir sur un personnage aussi antipathique qu’Onéguine. Hautain, flambeur, séducteur, amoureux de ce qui lui échappe, dédaigneux de ce qui s’offre, Evguéni cumule les qualités chères à mon cœur…

Mais ce ballet ? Parfait pour saper mon scepticisme, parfait pour me projeter en moins d’un lever de rideau dans un autre monde où les ministres ont d’autres passe-temps que de détruire ce qui leur est confié (dans cette intention), où les jeunes filles à nattes lisent à l’ombre des bouleaux, où la grâce peut faire un instant, fût-ce en rêve, plier l’orgueil, où le barbon qui épouse Tatiana laisse rêveuse. Les termes « beau ballet romantique » prennent à la lumière et au chatoiement des décors un sens nouveau, les costumes font renaître ce monde égoïste et brillant de l’aristocratie russe du 19e siècle, qui recèle d’émouvantes Tatiana, Natacha ou Anna, aussi romanesquement touchantes que leur apparition à nos côtés les rendrait agaçantes. Nul ne souhaite vivre l’arrachement du dernier duo de Tatiana et Onéguine, ce mélange d’amour et de haine qui la jette vaincue dans ses bras et lui rend sur l’instant la force de le repousser, mais l’entrelacement des corps donnent à lire la tendresse, le désespoir et l’adieu sans que les vers de Pouchkine puissent en rougir. Au plafond, les figures de Chagall souriaient dans leur folle ronde.

Les Anglais sont nos amis, il faut les aimer aussi… quoique…

L’Anglais, fourbe, lâche et barbare, ne respirant que le crime, n’ayant de force que la trahison, d’espoir que la bassesse, employant tous les moyens pervers pour nuire à notre prospérité.”

Arch. dép. Alpes Maritimes, L 34, an II

L’infâme gouvernement anglais, qu’aucun crime ne fait rougir, et qui ne respire que mort et carnage des républicains français.”

Arch. dép. Alpes Maritimes, L 37, an VII

Chronique non autorisée d’un oeil peu averti

C’est l’exposition de l’année. Picasso est partout, au Grand Palais, au Louvre, à Orsay. Picasso nous guette sur les colonnes publicitaires, aux flancs des bus et sur les affichages autorisés. Picasso est sur toutes les bouches des lettrés de la capitale : “Et donc tu as vu Picasso?” “Mais comment ne peut-on pas aller voir Picasso?” “Très chère, je reviens de l’expo Picasso”…

Je fus donc à “Picasso”, parentalement entourée, comme j’avais été il y a quelques lustres à “Matisse-Picasso” et encore bien avant aux “portraits de Picasso”. Je confirmai ainsi mon estampille de chartiste culturellement correcte apte à deviser sans peine avec les sous-préfets de mon département. Mais qu’y ai-je vu?

Choisir d’exposer Picasso aux côtés de ses prédécesseurs privilégiés se justifie pleinement et a donné lieu à un magnifique travail de retour sur l’œuvre du maître. S’offrir pour quelques semaines le plaisir du musée idéal, d’El Greco à Ingres en passant par Renoir, est un délice que l’on n’a, de plus, nulle envie de bouder. Les salles sont vastes, la muséographie seyante. Les œuvres respirent, suffisamment nombreuses pour étayer le propos et suffisamment précises pour ne pas le délayer dans une exposition prétexte et bric-à-brac. Chapeau bas à Mesdames Baldassari, Bernadac et Bonnel.

Voilà pour la forme, qu’en est-il du fond? Le titre de l’exposition est ambigu. En juxtaposant à égalité Picasso et “les maîtres”, il semble faire du premier l’éternel élève, l’humble tributaire des seconds, mais l’écueil du possessif est évité. Ce ne sont pas les maîtres de Picasso qui n’était pas homme à s’asseoir au bas du piédestal mais bien ceux que son oeil a intronisés à cette place.

Avant de voir l’exposition, des avis mitigés m’étaient parvenus, soulignant que Picasso perdait beaucoup à se voir ainsi confronté aux “vrais” maîtres (l’adjectif n’a pas été prononcé, je l’attrape au vol car il flottait dans l’air). En sortant des galeries du Grand Palais, je songeais à cette impression que je n’avais su ressentir.

Que ce soit effet de mode, de personnalité ou de marché, il m’apparut au contraire que les maîtres avaient été convoqués tels des écoliers timides autour du Peintre. Il n’y a pas grande originalité scientifique à rechercher dans le grand’œuvre d’un artiste les influences de ses pères ou de ses contemporains, la démarche est usée jusqu’à la corde mais la corde, il faut le reconnaître, tient bon. Sans source nulle récolte…

… pourtant sans semeur nulle récolte non plus. Il fallait Picasso pour qu’on pût exposer Picasso et les maîtres. Il fallait l’ogre absorbant son panthéon pour que le panthéon prenne cohérence. A ce titre, il ne m’a point semblé que Pablo abdiquât son orgueil parmi ces grands.

Se contenter d’une photographie pour l’affiche donnait le ton, c’est bien l’esprit de Picasso qui règne sur les salles de cette exposition. Je me contenterai pour preuve de trois exemples seulement : l’adolescent faisant surgir du papier les antiques, le farceur des “cartes de tarot” (Cocteau) et le relecteur des Ménines.

En exposant les études de Picasso enfant, les commissaires apportent une énième réponse définitive, car besoin en est encore, à l’image de Picasso, élève de maternelle attardé. Croyons-le, yeux grand ouverts, quand il nous dit : “Quand j’avais leur âge, je dessinais comme Raphaël, mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant.”

Les cartes de tarot m’ont touchée différemment par leur violence, par leur véhémence picaresque. Picasso peint en grand, en épais, la trace de son geste sur la toile est comme l’écho d’un rire énorme, d’une grande coulée de vie. Il y joue de l’imitation qui n’est pas copie comme l’art paléo-chrétien et médiéval sait le faire, se construisant par correspondances quasi-imperceptibles.

Les Ménines enfin occupent une place à part dans le parcours, et désormais dans ma mémoire. Est-ce leur absence, suppléée par une projection virtuelle qui veille sur l’atelier reconstituée du titan catalan cherchant la pierre philosophale dans la toile de son compatriote? Est-ce le statut si spécial de ce tableau dont Michel Foucault fit son miel autrefois, et qu’aima à relire ensuite Daniel Arasse? Picasso s’approprie les Ménines avec une gloutonnerie prolifique. Il s’incarne en Vélasquez, chassant de toile en toile le peintre de son propre cadre puisqu’il devient ce peintre, sorti du châssis. Et l’on voit ce qu’il voit, ce qui obsède son pinceau au point de reconstruire le chef-d’œuvre du Prado autour de ces deux points : l’infante et l’inconnu dans l’encadrement de la porte. A trois siècle de distance, Pablo interroge Diego, magie d’un dialogue que l’on ne saurait réduire à un hommage en forme de gammes.

Qu’on se le dise encore, s’il faut le répéter, “Picasso et les maîtres” met superbement en scène ce dialogue tel qu’il bouillonna et fleurit pendant cette longue vie de réinvention acharnée de l’art pictural.

… et le mois de janvier dans le cœur”.

A défaut d’écrire ici bas, je m’en vais hanter les fauteuils de la Comédie Française. C’est en néophyte bourrée de préjugés que j’y fis mes premiers pas il y a quelques semaines, pour en ressortir amoureuse convaincue, prête à suivre la saison aussi loin que mon porte-monnaie accepterait de m’emmener.

Après avoir marié Figaro, je retournai marier la princesse Elsbeth avec le prince de Mantoue sous les auspices de Musset. Du doux Alfred, je connaissais Camille et Perdican, Octave et Marianne, je soupçonnais Lorenzaccio mais ne savais point Fantasio. Aux oreilles des moins de cent ans, ce nom chante une toute autre chanson que celle de l’enfant du siècle. L’envie est forte de lui adjoindre un groom facétieux et un tendre écureuil. Résistez-y, ce Fantasio-là étoufferait entre quatre cases.

Denis Podalydès lui offre la liberté d’être incarné par une femme, la lumineuse Cécile Brune. Le choix est audacieux, joli contrepoint à la tradition renaissante qui servait jadis aux spectateurs londoniens une lady Macbeth débordante de testostérone. Vous dire l’intrigue serait flouer Musset du coeur de sa pièce, car l’intrigue c’est Fantasio lui-même et point le jeu du mariage manqué d’une romantique princesse avec un royal benêt. L’on cherche en vain un début et un dénouement dans ce tourbillon dramatique que matérialise sur scène un manège pour seul décor.

Dans cette pièce, Musset a mis un être qui seul nous tient le coeur de son apparition jusqu’au tomber du rideau. Fantasio a l’âge de l’éternelle jeunesse puisque le passé glorieux a trahi ses enfants et que l’avenir est ravi à cette génération qui noie le lyrisme de ses pères dans le mauvais alcool. Cécile Brune est un Fantasio que seuls rattachent au pavé de Munich des créanciers acariâtres. Fine et dansante, elle tremble d’une fureur de vivre qui jamais ne fut mieux incarnée qu’en cette silhouette insaisissable aux éclats de rire tonitruants brisés sur les tessons des bouteilles qu’elle siphonne dans un lamento de diva.

En une ronde que plus tard sut à son tour brillamment orchestrer Max Ophüls, les personnages de Musset sont des funambules oscillant entre le précipice du désespoir et les abysses de l’absurde. Denis Podalydès met en scène une pièce difficile, en perpétuelle tension entre la rage de l’auteur et la vacuité d’une société qui ronronne bourgeoisement et boude le théâtre de ce génial électron libre. En quittant la salle Richelieu, on sait pourquoi Musset ne fut pas joué de son temps, mais plus encore, on sait gré aux comédiens, au metteur en scène et à toute son équipe d’avoir donné à ce texte la plus belle revanche qui soit : résonner avec éclat sur la scène du Français et y être applaudi à la mesure de sa démesure.

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